C’est une blonde

C’est une blonde. Elle est longiligne, racée, aux proportions parfaites. Je connais bien son odeur et ses formes, elle m’ont souvent fait tourner la tête, offert des moments de bonheur, parfois de lassitude.

Avec elle, je ris, je peux parler, je me sens fort. Avec elle, je peux rester seul ou en public. Elle n’est pas jalouse. Mais c’est normal, on se connait depuis des années, on a voyagé ensemble, vu les plus beaux paysages. Nous avons fait toutes les fêtes ensemble depuis quelques temps. Les plus grosses boites d’Europe, comme tous les anniversaires, mariages, pendaisons de crémaillères, et j’en passe.

Ce matin, nous ne nous parlons plus. Ce fut un commun accord. Elle me faisait du mal, moi aussi je lui en faisais. C’est donc fait.

Hier encore, j’étais avec elle. Mes lèvres se sont approchées d’elle, sûr et confiant. Nous savions tous les deux que nous n’avions pas beaucoup de temps à passer ensemble. Alors je l’ai enserrée charnellement lippe contre filtre, puis notre ami commun le briquet est venu l’allumer.

Une fumée sensuelle et dansante, éphémère et impalpable s’élève de ma blonde en même temps que crépitent timidement les feuilles de tabac chauffées à blanc. L’autre partie de la fumée traverse la cigarette jusqu’à atteindre ma bouche puis ma trachée. J’inspire un grand coup et c’est parti. Des millions de particules s’élancent -propulsées par l’appel d’air créé dans mes poumons- vers mes bronches, bronchioles et alvéoles, filant et virevoltant dans cet espace confiné.

Elles savent toutes ces particules qu’elles n’ont que quelques dizièmes de seconde pour trouver un abri au chaud, sinon c’est retour dehors, le terrible monde de dehors. Elles se dépêchent, s’agitent, virevoltent, laissent leurs amies derrières elles. Puis … Ouf, j’expire, tant pis pour les dernières.

Et ainsi de suite, nous échangeons cigarette et moi de la salive, de l’air, des gaz, mais elle me donne surtout un grand moment de satisfaction. Comment peut-elle être si bonne avec moi ? Contre quoi en retour ? Etre confinée à la poche arrière de mon jean, écrasée sous mon postérieur, offerte à qui la demande ?

Non. La situation n’était vraiment plus durable. Elle m’a aussi caché d’autres choses, mais je ne préfère pas m’étaler sur ça. Il n’est vraiment d’aucune noblesse de critiquer quelqu’un avec qui on a passé autant de jours et de nuits.

C’est donc fini petite cigarette. Je sais qu’un jour tu essaieras de revenir, de me séduire. Ta fumée viendra titiller mes narines, ton élégance me fera envier ceux que tu fréquentes chaque jour et ton universalité m’obligera à te cotoyer encore longtemps et partout.

Sans rancune.

Un ancien fumeur.

Une réponse vers “C’est une blonde”

  1. jokoskas a dit :

    Pourquoi c’est fini !! Elle était si sympa, simple, douce et agréable pourquoi quitter tant de qualités pour la solitude ?????

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